La violence de certains hommes

INDICE REVELATEUR
 

Dutton découvrit combien les épreuves précoces influent sur tous les aspects de la personnalité intime de l’homme. Il a constaté que les ressorts psychologiques de la violence se mettent en place très tôt dans la vie et que le développement d’une personnalité violentée est un processus progressif qui se prolonge des années durant.

Ses constatations l’amenèrent à étudier les premières interactions entre l’enfant, que l’homme violent avait été, et ses parents.
 

1) Interactions avec le père 

Quand les hommes violents parlent de leur père, ils décrivent un homme froid, distant et brutal. Les humiliations subies dans l’enfance se sont révélées en toute clarté dans les recherches de Dutton. Les hommes qui brutalisent leur femme, ont connu l’humiliation, le malaise, la honte et des attaques plus générales de leur intégrité ( humiliations en public …).

Le moi de l’enfant est directement atteint dans son intimité. L’humiliation attaque le sujet dans sa globalité et peut même provoquer chez l’enfant un sentiment de honte. Les humiliations infligées par un père à son enfant sont la pire chose qui puisse lui arriver. Inconsciemment, elles continuent à humilier cet homme et leurs blessures se ravivent à la moindre occasion. La honte engendre chez l’individu le sentiment que son moi est vulnérable. Malheureusement, suite à ce sentiment de honte, l’homme riposte par la colère qui semble souvent disproportionnée. Il conjure ainsi un sentiment d’infériorité.
 
 

  • 2) Interactions avec la mère 

  • Il faut partir du principe que les relations d’un homme avec sa mère sont le deuxième élément clef dans l’évolution d’une personnalité. Les théories psychologiques sur les origines de la fureur nous font remonter jusqu’aux traumatismes précoces mère-bébé. Les sentiments de frustration, d’abandon, d’amour déçu, de peur, de rage, sont constitutifs de ces premiers exemples et s’inscrivent de façon indélébile dans l’âme des nourrissons, destinés à devenir des hommes violents.

    Dutton (1996) s’est inspiré des travaux de Mary Ainsworth pour étayer sa théorie sur les origines de la violence. Il est convaincu que le comportement angoissé-ambivalent, développé par un certain type d’enfants lors d’une brève séparation avec sa mère, est lié au comportement violent chez l’adulte. Ces enfants s’accrochent à leur mère et s’ils en sont séparés, ils pleurent sans répit. Au retour de la mère, l’enfant recherche sa proximité tout en se cabrant pour la rejeter. Dans ce cas, leur mère est souvent instable et peu sûre d’elle dans la façon de s’occuper de son enfant.

    A la suite de quelques tests afin de corroborer son intuition, Dutton découvre que les hommes violents évoquent une mère à la fois chaleureuse et distante. Cela ressemble fort à une contradiction, mais démontre l’ambivalence de la relation que ces hommes entretiennent avec leur mère. En effet, ils ont appris à l’aimer parce qu’elle pouvait satisfaire leurs désirs mais en même temps, ils ont constaté qu’elle pouvait s’absenter, se montrer indisponible ou les repousser.

    En conclusion, les hommes qui rencontrent des problèmes d’attachement dans leur prime enfance souffrent plus tard d’angoisse dans leurs relations intimes. Leur excitation et leur colère sont liées à leur mode d’attachement originel : c’est ce qui explique pourquoi les hommes violents ont un besoin exagéré de contrôler leur femme. Pour les mêmes raisons, ils ont du mal à établir les bases d’une vie sociale qui pourrait leur venir en aide, une vie fondée sur la solitude trouve souvent son origine dans les leçons rapidement tirées dans la prime enfance sur l’inconstance affective d’autrui.
     
     

    CONCLUSION

    Il me semble que l’on ne peut se débarrasser du problème de la violence par une simple explication sociologique et encore moins par une explication de type biologique. Les conséquences de la violence et du dysfonctionnement familial dépassent largement la simple reproduction des comportements agressifs. Ils créent un environnement favorable pour que naisse une constellation de pensées et de sentiments qui définissent la personnalité violente. Sans oublier que le fait de subir des violences ou d’en être le témoin augmente les risques de devenir violent à son tour. Toutefois la majorité des enfants brutalisés ne deviennent pas violents. Cela signifie que les modèles observés ont une influence sur la vie future sans la déterminer intégralement.

    Dutton semble persuadé que la violence conjugale trouve sa source dans un sentiment d’impuissance profondément enraciné qui remonte à la prime enfance : face à un père humiliant, absent ou peu affectueux, l’enfant se voit abandonné à la mère qui n’est pas toujours disponible et qu’il perçoit comme toute puissante.

    Je pense plutôt à une combinaison de différents facteurs : le comportement humiliant du père, l’attachement à une mère peu disponible, la distribution sexuée des rôles au cours de l’apprentissage social, combiné à une société à penchant patriarcal… sont des facteurs prédisposants à la violence . Comme pour toute formule chimique, de nombreux ingrédients sont nécessaires à la production d’un résultat déterminé.

     

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    Dernière mise à jour de cette page le 02/09/2009

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