



Nous allons inchAllah répertorier ici quelques perles de Ibn Qayyim rahimoulah, le célebre Imam...
(L’article suivant est basé sur une brochure rédigée par ibn Qayyim al-Jawziyyah intitulée
al-Ghourbathou wa al-Ghouraba,
que nous pouvons traduire à peu près de la façon suivante :
« L’étrangeté et les étrangers ». Quelques modifications et ajouts ont été apportés.)
« L’islam a commencé comme quelque chose d’étrange et il redeviendra quelque chose d’étrange, alors annoncez la bonne nouvelle aux étrangers. »
La signification de « l’étrangeté »
Il arrive souvent, dans plusieurs situations, que les gens qui suivent la religion d’Allah aient l’impression de ne pas être à leur place, de ne pas être en harmonie avec leur environnement ou, en d’autres termes, de paraître étranges aux yeux de ceux qui les entourent. Ce sentiment peut survenir dans une réunion de non-musulmans, mais malheureusement, il arrive parfois que ce sentiment survienne aussi lorsqu’un musulman se retrouve avec ses coreligionnaires. Il voit ses frères et soeurs faire des choses qui sont contraires à l’islam ou prendre part à des innovations qui frisent parfois l’incroyance (apostasie), mais il sent qu’il n’a pas assez d’autorité ou de courage pour les empêcher de commettre ces actes. Certains frères et certaines soeurs, surtout s’ils ou elles n’ont pas assez de taqwa ou de connaissances islamiques, cèdent parfois sous la pression de leurs pairs et se joignent à eux, tout en sachant très bien que ce n’est pas ce qu’Allah attend d’eux. Comme il leur semble que personne ne partage leurs idées et qu’on ne les encourage pas à faire le bien, ils se sentent impuissants et finissent par succomber à de telles pressions.
Ces frères et soeurs (qu’Allah soit miséricordieux avec eux) devraient trouver consolation dans les versets du Coran et dans plusieurs déclarations du Prophète (sallalahu ‘alaihi wa sallam) qui décrivent exactement ce sentiment d’étrangeté qu’ils ressentent.
Pourquoi ont-ils été nommés « étrangers » ?
Allah dit, dans le Coran : « Si seulement il avait existé, dans les générations d’avant vous, des gens vertueux qui interdisent la corruption sur terre ! Il n’y en avait qu’un petit nombre, que Nous sauvâmes. » (Sourate Hud (11), verset 116).
Ce verset parle d’un petit nombre de gens, les « étrangers », qui interdisent le mal sur terre. Ce sont les mêmes personnes auxquelles le Prophète (sallalahu ‘alaihi wa sallam) faisait référence lorsqu’il a dit : « L’islam a commencé comme quelque chose d’étrange et il redeviendra quelque chose d’étrange, alors annoncez la bonne nouvelle [en arabe, touba, qui est le nom d’un arbre du Paradis. Donc le Prophète (sallalahu ‘alaihi wa sallam) donne la bonne nouvelle du Paradis à ces étrangers] aux étrangers. » On lui demanda : « Qui sont ces étrangers, ô Messager d’Allah ? ». Il répondit : « Ceux qui corrigent les gens lorsqu’ils deviennent corrompus. ». (Rapporté par Abou Amr al-Dani, à partir du hadith de ibn Masoud. Selon al-Albani, le hadith est authentique. Dans une autre narration, il a dit : « Ceux qui corrigent ma sounnah après qu’elle ait été corrompue par les gens qui sont venus après moi. ») Et dans une autre narration, il a dit, en réponse à la même question : « Ils sont un petit groupe de gens qui vivent parmi une population majoritairement corrompue. Ceux qui s’opposent à eux sont plus nombreux que ceux qui les suivent. ». (Rapporté par ibn Asakir. Authentique selon al-Albani.)
Ces gens louables sont appelés étrangers parce qu’ils constituent une petite minorité parmi les hommes. Donc, les musulmans sont des étrangers parmi les hommes ; les véritables croyants sont des étrangers parmi les musulmans ; et les érudits musulmans sont des étrangers parmi les véritables croyants. Et ceux qui suivent la sounnah, qui ne font pas partie de ceux qui innovent en matière de religion, sont également des étrangers.
En réalité, cependant, leur étrangeté n’est due qu’au fait qu’ils sont une minorité, car leurs actions et leurs croyances ne sont pas étranges. C’est ce qu’Allah dit dans la sourate al-An’am : « Et si tu obéis à la majorité de ceux qui sont sur la terre, ils t’égareront du sentier d’Allah » (6:116). Allah dit aussi : « Et la plupart des gens ne sont pas croyants, malgré le fait que tu (Prophète Mohammed) le désires ardemment . » (Youssouf (12), verset 103) ; « Et la majorité des hommes sont certes rebelles et désobéissants envers Allah. » (Al-Ma’idah (5), verset 49) ; « Mais la plupart des gens ne sont pas reconnaissants. » (Youssouf (12), verset 38). Allah, le Créateur parfaitement connaisseur, sait donc que la majorité des hommes rejetteront la vérité. Seul un petit groupe de gens, qui Lui sont fidèles et qui croient vraiment en Lui, se distinguera : ce sont les étrangers parmi les hommes.
Cependant, les étrangers au niveau de la croyance et les étrangers au niveau du caractère et des actions constituent en réalité la majorité des hommes, car ils sont étrangers à l’islam et aux lois qu’Allah a révélées. Ainsi, nous constatons qu’il y a différents types d’étrangeté ; certains sont louables, certains sont blâmables et d’autres ne sont ni louables ni blâmables. Nous discuterons séparément, ci-dessous, de ces différentes catégories.
Les différents types d’étrangeté
Cher lecteur (qu’Allah soit miséricordieux avec toi), sache qu’il y a trois types d’étrangeté :
Le premier type d’étrangeté est l’étrangeté du peuple d’Allah et de Son Messager (sallalahu ‘alaihi wa sallam), que nous avons mentionné précédemment. Cette étrangeté est louable, car elle a été louée par Allah et par Son Messager (sallalahu ‘alaihi wa sallam). Ainsi, ce genre d’étrangeté doit être recherché et ceux qui font partie de cette catégorie doivent être appuyés. Cette étrangeté peut se produire à différents moments, à différents endroits et parmi différentes personnes. Ces étrangers constituent le vrai peuple d’Allah, car ils n’adorent personne ni rien à part Lui, ils ne trouvent de soutien dans aucune autre voie que celle du Prophète (sallalahu ‘alaihi wa sallam), et n’invitent à aucun autre message qu’à celui transmis par le Prophète (sallalahu ‘alaihi wa sallam). Voilà les gens qui ont abandonné les hommes lorsqu’ils (les étrangers) avaient le plus besoin d’eux. Au Jour du Jugement, lorsque chaque groupe de personnes ira vers ceux qu’il adorait sur terre, ces gens resteront à leur place et il leur sera dit : « N’allez-vous pas rejoindre un groupe comme les autres l’ont fait ? ». Ils répondront : « Nous avons abandonné les hommes lorsque nous étions sur terre et nous avions plus besoin d’eux à ce moment-là qu’aujourd’hui ; nous attendrons donc notre Seigneur que nous avions l’habitude d’adorer. ». [Recueilli par Boukhari et Mouslim]
Ainsi, il est évident que cette étrangeté ne cause aucun mécontentement à celui ou celle qui la subit. C’est plutôt une étrangeté réconfortante, une consolation pour le croyant, parce qu’il sait que ses alliés sont Allah, Son Messager et les croyants [ cela fait référence au verset 55 de la sourate al-Ma’idah (5) ], même si tous les hommes l’ont abandonné. Ces étrangers sont décrits dans un hadith rapporté par Anas ibn Malik, dans lequel le Prophète (sallalahu ‘alaihi wa sallam) a dit : « Il est possible qu’Allah réponde à la prière d’une personne débraillée, couverte de poussière, indigente (litt., « ne possédant que deux keffiehs » ) que personne ne remarque. » (recueilli par at-Tirmidhi et al-Hakim. Selon Al-Albani, ce hadith est authentique.) Al-Hasan al-Basri (un fidèle de la deuxième génération (tabi’), très connu pour sa piété, son ascétisme et son savoir) a dit : « Un croyant est un étranger dans ce monde ; il ne craint jamais l’humiliation et ne concurrence jamais pour la gloire d’ici-bas. Ses préoccupations sont différentes de celles de la majorité des gens. Les gens ont une bonne opinion de lui, alors qu’il est tourmenté [litt. « fatigué »] intérieurement. »
Parmi les caractéristiques de ces étrangers que le Prophète (sallalahu ‘alaihi wa sallam) a décrits, est le fait qu’ils se raccrochent à la sounnah du Messager (sallalahu ‘alaihi wa sallam) même si les gens abandonnent cette sounnah. Les étrangers rejettent toutes les innovations que leur peuple invente, même si ces innovations sont de pratique courante parmi eux. Ils sont également fidèles au tawhid, même si les gens le corrompent avec le shirk. Ils ne s’identifient à rien sauf à Allah et à Son Prophète (sallalahu ‘alaihi wa sallam) ; c’est-à-dire qu’ils ne s’identifient pas à un sheikh, à une tariqah (confrérie religieuse ou mystique ) , à une madhab ( école juridique) particulière ou à un groupe quelconque de personnes. Ils ne sont dévoués qu’à Allah (et ils n’adorent sincèrement que Lui et Lui seul), et à Son Prophète (sallalahu ‘alaihi wa sallam), en suivant le chemin qu’il a suivi. Ceux-là sont les gens qui saisissent avec leur main du charbon ardent [cela fait référence au hadith qui suivra, plus loin dans ce texte], même si la majorité des hommes – ou plutôt tous les hommes – le leur reprochent. Voilà, donc, la signification des déclarations du Prophète (sallalahu ‘alaihi wa sallam), lorsqu’il fait allusion au fait qu’ils sont fidèles à la sounnah même si les gens la corrompent.
Allah (soubhana wa ta’ala) a envoyé Son Prophète (sallalahu ‘alaihi wa sallam) au moment où les hommes suivaient différentes religions ; certains adoraient les rivières et les arbres, d’autres adoraient des idoles, et il y avait des chrétiens, des juifs et des zoroastriens. Lorsque l’islam apparut parmi ces gens, ils le trouvèrent étrange. Si quelqu’un parmi eux embrassait l’islam et répondait à l’invitation d’Allah et de Son Prophète (sallalahu ‘alaihi wa sallam), il était ostracisé par sa famille et sa tribu et il était condamné à vivre en étranger parmi son peuple. Par la suite, cependant, l’islam se répandit partout. Les musulmans devinrent de plus en plus puissants, et ce à tel point que ceux qui n’avaient pas accepté les enseignements du Prophète Mohammed (sallalahu ‘alaihi wa sallam) devinrent à leur tour des étrangers.
Mais, hélas, Satan trompa les hommes encore une fois. Les gens reprirent les habitudes que leurs ancêtres, qui avaient embrassé l’islam, avaient abandonnées, jusqu’à ce que finalement, l’islam redevienne étrange à nouveau, comme il avait commencé, ainsi que le Prophète (sallalahu ‘alaihi wa sallam) l’avait prédit. En réalité, cependant, le véritable islam, celui que le Prophète (sallalahu ‘alaihi wa sallam) et ses compagnons pratiquaient [cela fait référence à la réponse que le Prophète (sallalahu ‘alaihi wa sallam) a donnée quand on lui a demandé quelles étaient les caractéristiques du groupe qui sera épargné] est devenu encore plus étrange aux yeux des gens qu’il ne l’était lorsqu’il est apparu au départ et ce, même si ses vestiges sont répandus et bien connus. [C’est ce qu’écrivait ibn al-Qayyim au 8e siècle de l’ère musulmane (hijrah). Imaginez notre situation six siècles après lui. Qu’Allah nous protège.].
Comment pourrait-il en être autrement alors que ces étrangers ne sont qu’un groupe parmi soixante-douze autres [le Prophète (sallalahu ‘alaihi wa sallam) a dit, dans un hadith authentique, que la oummah musulmane se diviserait en soixante-treize groupes et que tous iraient en enfer sauf un, qui sera épargné.] qui ne suivent que leurs propres désirs et prennent leurs passions pour des dieux ? Ceux-là sont les groupes dont les enseignements sont basés sur des doutes et des innovations et dont l’unique but est la satisfaction de leurs propres désirs. Par conséquent, le groupe dont le but est de réussir à plaire à Allah en suivant le chemin de Son Messager (sallalahu ‘alaihi wa sallam) sera le groupe perçu comme étrange par tous les autres groupes.
C’est pourquoi les vrais musulmans – ceux qui se raccrochent fermement à la sounnah – recevront la récompense de cinquante Compagnons. Lorsqu’on questionna le Prophète (sallalahu ‘alaihi wa sallam) au sujet du verset suivant : « ش les croyants ! Vous êtes responsables de vous-mêmes. Celui qui s’égare ne vous nuira point si vous, vous avez pris la bonne voie. » (al-Ma’idah (5), verset 105), il répondit : « Encouragez le bien et interdisez le blâmable jusqu’à ce que vous voyiez que l’avarice est loi, que les désirs sont assouvis, que ce bas-monde est préféré à l’au-delà et que chacun est infatué de son opinion. ہ ce moment-là, occupez-vous de vous-mêmes et fuyez le public. Des jours pénibles viendront après vous ; vivre à cette époque nécessitera, pour les musulmans, une patience équivalente à celle qu’il faut pour tenir du charbon ardent dans la main. Quiconque, à ce moment-là, sera capable d’avoir cette patience recevra la récompense de cinquante personnes. » On lui demanda : « ش Messager d’Allah, la récompense de cinquante d’entre eux ? ». Il répondit : « La récompense de cinquante d’entre vous. ». [Recueilli par at-Tirmidhi et Abou Daoud avec une chaîne de narration faible, mais avec des preuves à l’appui. Selon Al-Albani, le hadith est sahih. Voir al-Sahiha, #957]. Et cette récompense est due à son statut d’étranger parmi les gens.
Donc si le croyant à qui Allah a accordé de la sagesse et du savoir veut suivre ce sentier, le sentier d’Allah, alors qu’il se prépare et se résigne à vivre comme un étranger parmi son peuple, de la même façon que ses prédecesseurs, qui embrassèrent l’islam, furent traités par les gens. En effet, il sera perçu comme un étranger au niveau de ses croyances parce que les gens ont des croyances corrompues. Il sera perçu comme un étranger au niveau de sa religion à cause de ce à quoi les gens l’ont réduite. Il sera perçu comme un étranger dans sa façon de prier parce que les gens sont ignorants de la façon de prier du Prophète (sallalahu ‘alaihi wa sallam). Il sera perçu comme un étranger lorsqu’il enjoindra le bien et interdira le mal, car les gens ont adopté le mal en croyant faire le bien et ils ont abandonné le bien en croyant que c’était le mal. En bref, donc, il sera perçu comme un étranger pour tout ce qui touche à sa vie d’ici-bas et à celle de l’au-delà, invitant au sentier d’Allah et résistant au tort que lui causeront tous ceux qui seront contre lui.
Pour ce qui est du deuxième type d’étrangeté, sache, cher lecteur, qu’elle est blâmable, car elle concerne les pécheurs, les ignorants et les arrogants parmi les hommes. Leur étrangeté est due à leur refus de suivre le bon et droit sentier d’Allah. Cette étrangeté est celle qui résulte du fait de ne pas se conformer à l’islam et ce comportement demeurera toujours étrange même s’il est adopté par un grand nombre de gens, même s’il est prédominant et répandu. Ce sont ceux-là les véritables étrangers aux yeux d’Allah. Qu’Allah nous garde de devenir l’un d’eux.
Le troisième type d’étrangeté est, par essence, ni louable ni blâmable. C’est le sentiment d’étrangeté qu’expérimente un voyageur lorsqu’il visite un pays étranger, comme une personne qui séjourne à un endroit pour une courte période de temps en sachant qu’elle repartira. Un des aspects de cette étrangeté est que chacun d’entre nous, qu’il le réalise ou non, est un étranger dans ce monde, car nous irons tous un jour dans notre demeure permanente de l’au-delà. Telle est la signification du hadith du Prophète (sallalahu ‘alaihi wa sallam), lorsqu’il dit à Abdoullah ibn Omar « Vis dans ce monde comme si tu étais un étranger ou un voyageur. ». Ainsi, cette catégorie d’étrangeté pourrait potentiellement devenir louable si nous prenons en considération la signification de cette déclaration du Messager d’Allah (sallalahu ‘alaihi wa sallam).
Nous prions Allah pour qu’Il fasse de nous des musulmans éclairés et pieux, et pour qu’Il nous pardonne nos péchés et nous accorde Sa miséricorde.

Les moyens de l'épanouissement de la poitrine
et sa parfaite réalisation par le prophète (salla Allah alaïhi wa sallam)
de l'Imam Ibn Al-Qayyim Al-Jawziya
Est- ce que celui dont Allah ouvre la poitrine à l'Islam et qui détient ainsi une lumière venant de Son Seigneur» (sourate Al-Zumur 39:22) et «Et puis, quiconque Allah veut guider, Il lui ouvre la poitrine à l'Islam. Et quiconque Il veut égarer, Il rend sa poitrine étroite et gênée, comme s'il s'efforçait de monter au ciel. Ainsi Allah inflige Sa punition à ceux qui ne croient pas.» (sourate Al-An'am 6:125).
La guidée et l'unicité de Dieu sont les grands moyens de l'épanouissement de la poitrine , tandis que l'associanisme et l'égarement sont les principaux causes de son étroitesse et sa gène.
Parmi ces moyens qui apaisent le cœur:
La lumière qu'Allah jette dans le cœur du serviteur (l'homme) qui est la lumière de la foi (iman). Elle apaise la poitrine et l'élargit, ainsi le cœur se réjouit. Quand cette lumière est perdue du cœur du croyant, celui-ci devient étroit, gêné et dans une prison la plus étroite et la plus difficile. Al-Tarmidi a rapporté, dans son Jami', que le prophète (salla Allah alaïhi wa sallam) a dit: "Quand la lumière entre dans le cœur, il s'élargit et s'apaise. On lui demanda: ô messager d'Allah! Quel en est le signe? Il a dit: le désir ardent du monde de l'éternité (l'au-delà), l'hostilité du monde trompeur (d'ici-bas) et la préparation à la mort avant son avènement". Le degré de l'épanouissement de la poitrine de l'homme est en fonction de l'intensité de la lumière qui l'a atteint. La lumière substantielle apaise, également , le cœur, de même que l'obscurité physique le rend étroit.
La science. Elle apaise le cœur et l'élargit à tel point qu'il serait plus large que le monde, de même que l'ignorance lui cause l'étroitesse, le blocage et l'enchaînement. Au fur et à mesure que la science d'un homme s'élargit, son cœur s'apaise et s'élargit également. Il ne s'agit pas de toute science, mais uniquement de celle laissée par le messager d'Allah (salla Allah alaïhi wa sallam) laquelle est la science utile. Ses gens ont les cœurs les plus apaisés et élargis parmi les hommes, les comportements les plus nobles et les vies (savoir-vivres) les plus purs.
Le repentir à Allah l'Exalté et le Très-Haut, son amour de tout cœur, la hâte à Lui et la réjouissance de Son adoration. Rien d'autre que cela, n'est plus apaisant du cœur de l'homme, au point qu'il se dit, parfois: "Si je suis au paradis dans un tel état, j'aurai, donc, une vie agréable". L'Amour a un effet très surprenant sur l'épanouissement de la poitrine , le fait d'être en bonne humeur et la tranquillité de l'esprit, mais seul le connaît celui qui l'a déjà ressenti. Plus fort et intense est l'Amour, plus le cœur est large et apaisé et ne s'oppresse qu'à la vue des oisifs désœuvrés, car leur vue est un fétu dans son œil et leur fréquentation est une fièvre pour son âme. Et parmi les principales causes de l'oppression de la poitrine: le fait de se détourner [des enseignements] d'Allah, l'attachement du cœur à autre que Lui, l'oubli de Son rappel et l'Amour d'autre que Lui. Car quiconque aime autre chose qu'Allah, est puni avec cette même chose, et son cœur est emprisonné de l'Amour de cet autrui. Ainsi, il n'y aura personne plus malheureux, plus inquiet, dont la vie est la plus difficile et le cœur est le plus malade que lui! Ils sont, donc, deux Amours dont l'un est le paradis de ce monde ici-bas, la joie de l'esprit, la réjouissance du cœur, le délice de l'âme, sa manne du ciel, sa panacée, et même sa vivacité et sa consolation. Celui-ci est l'Amour d'Allah Seul de tout cœur, avec une attirance de toutes les forces des élans [du cœur], de la volonté et de l'attachement à Lui. L'autre Amour est un supplice de l'âme, une angoisse, un emprisonnement du cœur et une oppression de la poitrine, et c'est aussi la cause du malheur, de l'ennui et de la peine. Celui-ci est l'Amour d'un autre qu'Allah l'Exalté!
Son [celui d'Allah] rappel et la mention de Son nom à tous les instants en toute circonstance et à n'importe quel endroit. Le rappel a un effet mystérieux sur l'épanouissement de la poitrine, et l'apaisement du cœur de même que l'insouciance et l'oubli [du rappel] a un effet d'oppression, d'emprisonnement et de souffrance sur la poitrine.
La bienfaisance envers les créatures et les servir de tout ce qui est possible: de biens, de dignité, de force physique et les différents genres de la bienfaisance. Le généreux bienfaisant a la poitrine la plus épanouie, l'âme la plus pur et le cœur le plus joyeux de tous les hommes. Par conte, l'avare, qui n'est point bienfaisant, a la poitrine la plus oppressée et la vie la plus difficile et il est le plus malheureux et le plus inquiet. Le messager d'Allah a donné l'exemple de l'avare et de l'homme charitable comme deux hommes vêtus d'un bouclier en acier. Chaque fois que l'homme charitable est sur le point de faire un don, son bouclier s'élargit et s'étend au point qu'il traîne ses vêtements [derrière lui] et efface ses traces, quant à l'avare, son bouclier se resserre sur lui et ne s'élargit pas lorsqu'il est sur le point de faire la charité. C'est l'exemple de l'épanouissement de la poitrine du croyant (moumin) charitable et de son aisance, et du resserrement du cœur de l'avare et son oppression.
La bravoure. Car le brave a une poitrine épanouie, une grande candeur et un cœur large, et le lâche a la plus étroite des poitrines et le plus serré des cœurs et ne connaît ni joie, ni bonheur, ni réjouissance et ni délice qu'une nature animalière et bestiale. Or, la réjouissance de l'âme, son plaisir, son aisance et sa jubilation sont interdits à tout lâche, comme ils le sont à tout avare, et à tout personne se détournant [des versets] d'Allah l'Exalté, insouciant de Son rappel, L'ignorant ainsi que Ses noms, Ses attributs et Sa religion [qu'Il a agréée] et ayant le cœur attaché à autrui. Cette jubilation et cette joie [que le croyant trouve] deviennent, dans la tombe des clos et un jardin, quant au gêne et à l'étroitesse [que l'insouciant a] se transforment, dans la tombe, en tourment et emprisonnement. L'état de l'homme dans sa tombe est le même que celui du cœur à l'intérieur de la poitrine qu'il s'agit de délice, de tourment, d 'emprisonnement ou de libération. Il ne faut pas se fier à un épanouissement ou un resserrement passagers d'une poitrine, car les incidents disparaissent avec la cessation des causes, mais plutôt à la qualité qui s'est développée à l'intérieur du cœur, l'obligeant à être épanoui ou resserré. C'est elle qu'on compte. C'est auprès d'Allah qu'on cherche de l'aide.
Ressortir et se débarrasser de la duperie du cœur, et des qualités blâmables lesquelles causent son resserrement et son tourment et empêchent la survenance du bien. Car si l'homme entreprend les moyens qui épanouissent sa poitrine sans se débarrasser des qualités blâmables, il n'aura aucune utilité de l'épanouissement de sa poitrine. En fin de compte, deux natures se disputeront son cœur et l'aura la majoritaire [et l'emporte]. Se passer de l'excédent du regard, de la parole, de l'audition, de la fréquentation, de la nourriture et du sommeil, car ces excès se transforment en malheurs, angoisses, soucis dans le cœur en le resserrant, l'emprisonnant, l'oppressant et lui faisant subir des tourments. La grande partie des tourments dans ce monde ici-bas et dans l'au-delà est la conséquence de ces excès. Point de divinité [digne d'adoration] excepté Allah! Comment la poitrine, de celui qui a touché à chacun de ses vices, est oppressée, sa vie est difficile, son état est mauvais [déplorable] et son cœur est resserrée. Point de divinité [digne d'adoration] excepté Allah! Comment la vie est facile, de celui qui a eu une part entière de chacune de ces bonnes qualités, lesquelles sont spréoccupation primordial. Celui-ci [l'heureux] a eu une part entière de «Les bons seront, certes, dans un [jardin] de délice» (sourate Al-Infitar 82:13), de même que l'autre [le malheureux] a eu une grande part de « et les libertins seront, certes, dans une fournaise» (sourate Al-Infitar 82:14); et entre les deux [hommes] des degrés de différence dont Seul Allah, béni soit-il le Très Haut, connaît le nombre.
Le messager d'Allah (salla Allah alaïhi wa sallam) est le parfait des créatures en chacune des bonnes qualités qui produisent l'épanouissement de la poitrine, l'apaisement du cœur, la réjouissance et vivacité de l'âme. Il est le plus parfait des créatures en cet épanouissement, vivacité et réjouissance en plus de tout ce qu'il lui a été attribué particulièrement d'épanouissement substantiel. Le plus persévérant des créatures (hommes) [de la sunna] du prophète (salla Allah alaïhi wa sallam) est le plus épanoui d'entre elles, le plus joyeux et le plus réjoui. C'est en fonction de sa persévérance que l'homme atteint de ce qu'il mérite d'épanouissement de la poitrine, de réjouissance et de joie de son âme. Il [le prophète] est au summum de l'épanouissement de la poitrine, de l'exaltation de sa renommé et de sa décharge du fardeau, et ses fidèles en auront selon leur persévérance et observation [de sa pratique] . C'est auprès d'Allah qu'on cherche de l'aide.
C'est ainsi que ses fidèles auront, également, une part, petite ou grande, de la protection d'Allah, Sa préservation, Sa défense, Sa fortification et Sa victoire, selon leurs degrés de persévérance. Celui qui trouve un bien qu'il rende les louanges à Allah, quant à celui qui trouve autre chose qu'il ne fasse de reproches à lui-même.
[Zad Al-Ma'ad, le viatique du Paradis de l'Imam Ibn Al-Qayyim Al-Jawziyah. Tome 1, page 152-153]

De l'Imam Ibnul Qayyim al-Jawziyyah (d.751H)
Les gens ont discuté de la mahabbah (l'amour envers Allah) ; ses causes et ce qu'elle rapporte, ses signes, ses fruits et ses règles. Les paroles les plus compréhensibles à ce sujet sont celles de Abû Bakr al-Kataanee (rahimahoullah) sur al-Junayd (d.279H).
Abu Bakr al-Kataanee (d.322H) a dit :
"Une discussion sur la Mahabbah a eu lieu à Mekkah pendant le mois du Pèlerinage. Les shouyoukh qui étaient présents parlèrent sur ce sujet et al-Junayd était le plus jeune d'entre eux. Ils lui dirent : « O 'iraqee (l'iraquien), qu'as-tu à dire ? Alors il baissa la tête, et des larmes coulèrent de ses yeux puis il dit :
« Un servant doit surmonter son âme ;
Et être constant dans le rappel d'Allah ;
Etablissant les Droits de son Seigneur ;
En se concentrant sur Lui avec son c½ur ;
La crainte faisant flamber son c½ur ;
Tandis qu'il boit de son navire le vrai amour
Et que certaines réalités lui sont dévoilées ;
Donc, lorsqu'il parle c'est grâce à Allah ;
Quand il parle, cela vient d'Allah ;
Quand il bouge, c'est par le commandement d'Allah
Et quand il est serein, alors cela vient d'Allah ;
Il appartient à Allah, il est pour Allah, et il est avec Allah. »
Alors les shouyoukh se mirent à pleurer : « Comment peut-on faire plus que cela ?
Qu'Allah te récompense en bien,
O joyau des biens informés ! » [1]
L'imam Ibnul-Qayyim (rahimahoullah) a dit plus loin :
« Les raisons qui amènent au développement de la Mahabbah (l'amour envers Allah) sont de dix :
1.Réciter le Qur'an, réfléchir sur ses paroles et comprendre leur sens.
2.Se rapprocher d'Allah par l'accomplissement d'actes surérogatoires après les actes obligatoires.
3.Etre constant dans le dhikr (rappel) d'Allah - en toutes circonstances - avec la parole, le c½ur, et les membres. Plus le dhikr est constant, plus la Mahabbah est intensifiée.
4.Donner la priorité à ce qu'Allah aime - lorsque nos désirs prennent le dessus - au lieu de ce que l'on aime et désire personnellement.
5.Faire que le c½ur contemple les Noms et Attributs d'Allah. Etre témoin de ce qu'ils impliquent et faire que le c½ur soit éclairé dans le jardin de cette réalisation.
6.Reconnaître la miséricorde et les faveurs d'Allah ; qu'elles soient apparentes ou cachées.
7.Assujettir le c½ur et être humble devant Allah, afin qu'il soit dans la crainte d'Allah.
8.S'isoler, au moment pendant lequel Allah descend au niveau le plus bas du ciel, réciter le Qur'an, et finir la récitation en recherchant le pardon d'Allah et se repentir sincèrement à Lui.
9.S'asseoir dans les assemblées de ceux qui aiment sincèrement et véritablement Allah, récolter les bénéfices de leurs enseignements, et ne parlez que si vous savez qu'il y a en cela un bénéfice et que de telles paroles vous élèveront vers le bien et que d'autres en bénéficieront en même temps.
10.Se tenir à l'écart de toutes les choses qui pourraient éloigner les c½urs d'Allah 'Azza wa Jalla.
Donc voici 10 cas permettant au véritable croyant d'atteindre le vrai amour pour Allah, pour qu'il puisse atteindre Allah 'Azza wa Jalla. »[2]
Notes :
[1] Madarijus Salikeen (3/9)
[2] Madarijus Salikeen (3/17-18)

La Dureté du Cœur
Par l’imam Ibn Qayim Al-Jawziya
Le serviteur n'est pas affligé d’une punition plus grande que le durcissement du cœur et l’éloignement d'Allah. Le Feu a été créé pour fondre le cœur durci – ce cœur qui est le plus éloigné d'Allah parmi les cœurs. Si le cœur durcit, l'œil devient sec [et ne trouve aucune joie ou tranquillité].
Il y a quatre choses, qui si on transgresse leurs limites, durcissent le cœur (avec exces) :
la nourriture,
le sommeil,
les discours
et les relations sexuelles.
Un corps affligé par la maladie ne tire aucune nourriture de l'alimentation et de l'eau et de la même façon un cœur de malade ne profite pas de l'avertissement ou de l'exhortation.
Quiconque désire purifier son cœur doit préférer Allah à ses désirs. Le cœur qui s'accroche à ses désirs est voilé d'Allah en fonction de la force de son attachement. Les cœurs sont les navires d'Allah sur Sa terre, c’est pourquoi les plus aimés parmi eux sont ceux qui sont les plus tendres, purs et résistants à l’égarement.
[Une référence au hadith : « Vraiment, Allah a des navires parmi les gens de la terre et les navires de votre Seigneur sont les cœurs de Ses serviteurs pieux et les plus aimés (par Lui) d'entre eux sont les plus doux et les plus tendres » hadith hassan. Référez-vous à As-Sahiha (n°1691)]
Les transgresseurs occupent leurs cœurs avec la poursuite de ce monde. Si seulement ils les avaient occupés avec Allah et la recherche l'au-delà, ils auraient réfléchi à la signification de Ses Mots et de Ses Signes qui sont témoins dans la création. Leurs cœurs seraient retournés à leurs propriétaires (dans les poitrines où ils résident) portant une merveilleuse sagesse et des perles de bienfaits.
Quand on nourrit le cœur avec le dhikr, sa soif est étanchée par la contemplation et il est nettoyé de la corruption, il sera témoin de choses remarquables et merveilleuses et sera inspiré par la sagesse.
Il n’est pas donné à tout individu doté de science, de sagesse et qui en porte l’habit d’être parmi ses gens. Plutôt les Gens de Science et de Sagesse sont ceux qui ont insufflé la vie dans leurs cœurs en tuant leurs désirs. Quant à celui qui a détruit son cœur et a préféré ses désirs, la science et la sagesse sont privés de sa langue. La destruction du cœur arrive par la possession du sens de la sécurité et la négligence.
Le cœur est fortifié par la crainte d'Allah et le dhikr. Si le cœur renonce aux plaisirs de ce monde alors il sera dirigé vers la poursuite du bonheur de l'au-delà et il sera parmi ceux qui y appellent. Si le cœur se satisfait des plaisirs de ce monde le bonheur de l’au-delà cesse d'être poursuivi.
Désirer Allah et Sa rencontre ressemble à une douce brise soufflant sur le cœur, chassant le désir brûlant de ce monde. Quiconque fait que son cœur se précipite vers son Seigneur se trouvera calme et tranquille et quiconque l'envoie parmi les gens sera dérangé et excessivement perturbé. Ceci parce que l'amour d'Allah ne peut jamais entrer dans un cœur qui contient l'amour de ce monde, et ce jusqu’à ce que le chameau ne passe par le chas de l’aiguille.
C’est pourquoi le serviteur le plus aimé d’Allah est celui qu'Il place dans Sa soumission, qu'Il choisit pour Son Amour, dont Il purifie l’adoration pour Lui, qui Lui consacre sa vie, sa langue pour Son dhikr et ses membres à Son service. Le cœur devient malade comme le corps devient malade et son remède réside dans le repentir et la recherche de la protection du mal.
Il devient rouillé comme un miroir devient rouillé et il est poli par le dhikr. Il devient nu comme le corps devient nu et son ornement vient par la taqwa. Il devient affamé et assoiffé comme le corps devient affamé et assoiffé et sa faim et sa soif sont rassasiées par la science, l'amour, la confiance, le repentir et la soumission à Allah.
Source : Son livre Al-Fawa’ id (pp. 111-112)

Les effets des péchés
Al-imam Ibn Qayyim Al-Jawziyyah
UN: Un obstacle à la connaissance: La connaissance est une lumière qu'Allah jette dans le cœur et la désobéissance éteint cette lumière.
L’imam Shafi'i a dit: " je me suis plaint à Waki' de la faiblesse de ma mémoire, aussi il m'a commandé d’abandonner la désobéissance. Et m’a informé que la connaissance est une lumière. Et que la lumière d'Allah n'est pas donnée au désobéissant "
DEUX: Un obstacle à la suffisance: Seule laTaqwa (crainte pieuse) conduit à la suffisance, l'abandon de Taqwa cause la pauvreté. Il n'y a rien qui puisse apporter la suffisance comme l'abandon de la désobéissance.
TROIS: Un obstacle à l'obéissance (à Allah). S'il n'y avait aucune autre punition pour le péché que le fait qu’il empêche l'obéissance à Allah, alors ce serait suffisant.
QUATRE: La désobéissance affaiblit le cœur et le corps. L’affaiblissement du cœur est quelque chose de clair. La désobéissance ne cesse de l’affaiblir, jusqu'à ce que la vie du cœur cesse complètement.
CINQ: La désobéissance réduit la durée de vie et détruit toutes les bénédictions. Tout comme la droiture augmente la durée de vie, les péchés la réduisent.
SIX: La désobéissance sème ses propres graines et donne naissance à elle-même jusqu'à ce qu’il soit difficile au serviteur de se séparer d’elle et d’en sortir.
SEPT: Les péchés affaiblissent la volonté et les décisions du cœur, de sorte que le désir pour la désobéissance devienne fort et le désir du repentir devienne de plus en plus faible, jusqu'à ce que le désir du repentir disparaisse complètement du cœur.
HUIT: Chaque type de désobéissance est un héritage d'une nation parmi les nations qu'Allah Azzawajall a détruit. La sodomie est un héritage du peuple de Lot, prendre plus que son dû et en donner moins est un héritage du peuple de Shu'ayb, chercher la grandeur sur la terre et causer la corruption est un héritage du peuple de Pharaon et l’orgueil, l’arrogance et la tyrannie sont un héritage du peuple de Hud. Ainsi le pécheur s’apparente à ces peuples qui étaient les ennemis d’Allah.
NEUF: La désobéissance est une raison pour laquelle le serviteur est tenu dans le mépris de son seigneur. Al-Hasan al-Basri (qu’Allah lui fasse miséricorde) a dit: Ils sont devenus méprisables (à Ses yeux) ainsi ils Lui ont désobéi. S'ils avaient été honorables (à Ses yeux) Il les aurait protégés. Allah l'Exalté dit: "et quiconque Allah avilit n’a personne pour l’honorer. " [Hajj 22:18 ]
DIX: Les mauvais effets du pécheur retombent sur ceux qui sont près de lui mais aussi les animaux qui sont touchés par le mal.
ONZE: L’adorateur continue à commettre des péchés jusqu'à ce qu'ils deviennent très faciles pour lui et semblent insignifiants dans son cœur, et c'est un signe de destruction. Chaque fois qu'un péché devient insignifiant aux yeux de l’adorateur il devient grand aux yeux d'Allah. Ibn Mas'ud a dit: En effet, le croyant voit ses péchés comme s’il se tenait au pied d'une montagne craignant qu'elle ne tombe sur lui et le pécheur voit ses péchés comme une mouche qui passe par son nez, qu’il essaie de chasser en agitant sa main. [Al-Bukhari]
DOUZE: La désobéissance amène l’humiliation et la bassesse. L'honneur, lui, est dans l'obéissance à Allah. Abdullah Ibn al-Mubarak a dit: " j'ai vu que les péchés tuent les cœurs. Et l’humiliation vient de leur continuité. L’abandon des péchés donne vie aux cœurs. Et la protection de votre âme est meilleure pour lui. "
TREIZE: La désobéissance altère l'intellect. L'intellect a une lumière et la désobéissance éteint cette lumière. Lorsqu’on éteint la lumière de l'intellect, il devient faible et déficient.
QUATORZE: Quand la désobéissance augmente, le cœur de l’adorateur est scellé de sorte qu'il devient comme ceux qui sont insouciant. L'Exalté dit:
"Pas du tout, mais ce qu’ils ont accompli couvre leurs cœurs." [Al-Mutaffifun 83:14 ]
QUINZE: Les péchés produisent divers types de corruption sur la terre. Corruption des eaux, de l'air, des plantes, des fruits et des lieux de résidence. L'Exalté dit:
"La corruption est apparue sur terre et dans la mer à cause de ce que les gens ont accompli de leurs propres mains, afin qu’[Allah] leur fasse goûter une partie de ce qu’ils ont œuvré ; peut-être reviendront-ils (vers Allah)." [Ar-rum 30:41]
SEIZE: La disparition de la modestie qui est l'essence de la vie du cœur et la base du bien. Sa disparition est la disparition de tout ce qui est bon. On rapporte dans un hadith authentique que le messager (salallahu ‘alayhi wa salam) a dit: "La modestie c’est la bonté " [Al-Bukhari et Muslim]. Un poète a dit:
" et par Allah, il n'y a rien bon dans la vie ou dans le monde quand la modestie disparaît. "
DIX-SEPT: Les péchés affaiblissent et réduisent la munificence d'Allah, le Puissant dans le cœur de l’adorateur.
DIX-HUIT: Les péchés sont les causes par lesquelles Allah oublie Son serviteur, l’abandonne et le laisse seul avec son âme et son shaytan. Et c’est la destruction de laquelle on ne peut espérer aucune délivrance.
DIX-NEUF: Les péchés sortent le serviteur du royaume de l’ihsan (faire le bien) et on l’empêche d’obtenir la récompense de ceux qui font le bien. Quand l’ihsan remplit le cœur il empêche la désobéissance.
VINGT: La désobéissance fait cesser les faveurs (d'Allah) et rendent Sa vengeance légitime. Aucune bénédiction ne cesse d'atteindre un serviteur excepté en raison d'un péché et aucun châtiment n'est rendu légitime qu'en raison d'un péché. Ali (ra) rapporte : Aucune épreuve n'est descendue qu’en raison d'un péché et elle (l'épreuve) n'est repoussée que par le repentir. Allah l'Exalté dit:
"Tout malheur qui vous atteint est dû à ce que vos mains ont acquis. Et Il pardonne beaucoup. " [ As-Shura 42:30 ]
"Allah ne modifie pas un bienfait dont Il a gratifié un peuple avant qu’ils ne changent ce qu’il y a en eux-mêmes. " [Al-Anfal 8:53 ]

Auteur : Cheikh Ibn Qayyem al Jawziya ( qu'Allah lui fasse miséricorde )
Traducteur : Mohamed Karimi
Ibn al Qayyem -qu'Allah lui soit miséricordieux- a dit :
Le cœur est pour les organes ce que le roi est pour ses soldats, ils agissent selon ses ordres, il les utilise dans ce qu'il veut, ils lui sont asservis et soumis, de lui, ils acquièrent la rectitude ou l'égarement, ils se conforment à lui dans sa résolution et dans son irrésolution.
Le Prophète -Allah prie sur lui et lui donne la paix- a dit :
" Certes, il y a dans le corps un morceau de chair, s'il est sain, tout le corps est sain " (1) .
Il est en effet leur roi et ils exécutent ses ordres, ils reçoivent ce qui vient de lui comme guidance, rien de leurs actes n'a de valeur que s'il est précédé de sa volonté et de son intention, il est donc leur responsable, car tout berger est responsable de l'objet de sa garde (Fin de citation). (2)
C'est pour cela que le cœur est sujet à l'épreuve.
Hudhayfa ibn al Yamân -que Dieu l'agrée- rapporte avoir entendu l'Envoyé d'Allah -Allah prie sur lui et lui donne la paix- dire : " Les tentations sont présentées aux cœurs comme on présente une natte : brin après brin. Tout cœur qui s'imprègne d'une tentation, se marquera d'un point noir. Tout cœur qui la repousse, se marquera d'un point blanc, si bien qu'on en arrivera à distinguer deux cœurs : - Un cœur d'une blancheur éclatante, aucune tentation ne peut lui nuire tant que dureront les cieux et la terre. - Un cœur noir avec une légère blancheur -mirbâd- comme un pot renversé, il n'approuve pas ce qui est convenable ni ne désapprouve ce qui est blâmable, il ne cherche qu'à s'imprégner de ses passions " (3)
Ibn al Qayyem -que Dieu lui soit miséricordieux- a dit :
Il a assimilé la présentation des tentations au cœur ; une par une, à celle des brins d'une natte ; un par un. Il a divisé les cœurs, après s'être exposés aux tentations, en deux sortes de cœurs :
1 - Un cœur qui, une fois exposé à une tentation, l'absorbe comme l'éponge qui absorbe l'eau, et elle marquera en lui un point noir. Il ne cesse en outre de s'imprégner des tentations qui sont présentées à lui jusqu'à ce qu'il noircisse et se renverse, sens déduit de ses paroles : " comme un pot renversé ". Désormais, quand il noircit et se renverse, de ces deux fléaux s'ensuivent deux maladies graves qui risquent de le faire périr :
- La confusion entre le convenable et le blâmable : Il n'approuve pas ce qui est convenable, ni ne désapprouve ce qui est blâmable, peut-être même que la maladie s'empare de lui davantage au point de prendre, avec conviction, le convenable pour du blâmable et vice versa, la sunna pour une innovation et vice versa, le vrai pour du faux et vice versa.
- Il prend ses passions pour juge en de ce qu'a apporté le Prophète -Dieu prie sur lui et lui donne la paix-, il ne fait que suivre et se laisser guider par elles.
2 - Un cœur blanc dans lequel fulgure la lumière de la foi et brille sa lampe. Quand une tentation lui est présentée, il la désapprouve et le renvoie, ce qui fait grandir sa lumière, sa splendeur et sa force. Les tentations auxquelles les cœurs sont exposés sont les causes de leur maladie. On distingue : Les tentations relatives aux passions -shahawât- et les tentations relatives aux ambiguïtés -shubuhât-, [et parallèlement les couples suivants] :
- Les tentations relatives aux à l'insanité -ghayy- et celles relatives à l'égarement -dalâl-.
- Les tentations relatives aux péchés -ma`âsî- et celles relatives à l'innovation -bida`-.
- Les tentations relatives à l'injustice -zulm- et celles relatives à l'ignorance -jahl-.
Des premières tentations (qui sont les premiers éléments du couple) s'ensuit la corruption de l'intention -qasd- et de la volonté -irâda-. Des deuxièmes tentations s'ensuit la corruption de la connaissance -`ilm- et de la croyance -i`tiqâd- (Fin de citation). (4)
De ce fait, il incombe à chaque musulman de surveiller son cœur, scruter ses états et lui faire la morale de temps à autre. Qu'il sache que dans la bonne santé du cœur réside le bonheur éternel et dans sa corruption il y a la misère, le malheur et la perte radicale.
Sache donc que plus la foi du cœur s'accroît et sa certitude -yaqîn- se renforce, plus s'intensifie la lumière par laquelle il fait la distinction entre le vrai et le faux et entre la guidance et l'égarement.
D'après Abû Sa`îd al Khudrî -que Dieu l'agrée-, l'Envoyé d'Allah - Allah prie sur lui et lui donne la paix- a dit : Il y a quatre sortes de cœurs :
- Un cœur pur dans lequel il y a quelque chose qui ressemble au flambeau rayonnant.
- Un cœur enveloppé et dont la couverture est fermée.
- Un cœur renversé.
- Un cœur légèrement caché.
Le cœur pur est celui du croyant, son flambeau rayonne. Le cœur enveloppé est celui du mécréant. Le cœur renversé est celui de l'hypocrite, il a connu [la vérité] mais a renié. Le cœur légèrement caché est un cœur qui renferme de la foi et de l'hypocrisie. La semblance de la foi [dans le cœur] est celle d'une plante alimentée par une eau pure. La semblance de l'hypocrisie dedans est celle d'un ulcère qu'alimentent le pus et le sang. Laquelle des deux matières prédomine l'autre fera que l'une ou l'autre (la foi ou l'hypocrisie) prédomine dans le cœur. (5)
Ibn al Qayyem - qu'Allah lui soit miséricordieux- a dit :
Ses paroles : " cœur pur " signifient qu'il est exempt de tout ce qui est hors Dieu et Son Envoyé, il s'est purifié et s'est préservé de tout ce qui est hors la vérité.
Ses paroles : " flambeau rayonnant " : c'est la lampe de la foi. Par sa pureté, le Prophète -Dieu prie sur lui et lui donne la paix- désigne son état sain quant aux ambiguïtés et aux passions. Par l'existence du flambeau dedans, il désigne son rayonnement et son éclat grâce à la lumière de la science et de foi.
Il a qualifié le cœur du mécréant de " cœur enveloppé " car il est dans sa couverture et son voile, la lumière de la science et de la foi ne peut pas l'atteindre, à l'instar des cœurs des juifs; Allah le Très-Haut de relater leurs propos a dit :
< Et ils dirent : " Nos cœurs sont enveloppés " > (6)
Cette enveloppe est en fait le voile par lequel Dieu a scellé les cœurs des mécréants, afin de les punir pour avoir rejeté la vérité et refuser par orgueil de l'accepter.
Il s'agit donc de voile sur le cœur, de profonde surdité dans l'ouïe et d'un aveuglement dans le regard qui est le rideau caché des yeux -hijâb mastûr- [évoqué dans ce verset] :
< Quand tu psalmodies le Coran, Nous posons entre toi et ceux qui ne croient pas à la vie dernière un rideau caché. Nous posons des voiles sur leurs cœurs, de sorte qu'ils ne le comprennent pas, et dans leurs oreilles une surdité > (7) .
Mais quand on rappelle à ces cœurs qu'il faut purifier leur croyance et consacrer l'adoration à Allah uniquement, purifier leur obéissance pour n'obéir qu'à Dieu et à Son Envoyé, leurs détenteurs tournent le dos par répulsion. (8)
Il a employé le terme " cœur renversé " pour désigner le cœur de l'hypocrite comme a dit le Très-Haut :
< Qu'avez-vous à vous scinder en deux partis à propos des hypocrites, alors qu'Allah les a fait retomber au plus mal moyennant leurs propres acquis > (9),
c'est à dire Il les a ramenés au faux dans lequel ils étaient, à cause de leurs acquis et de leurs actions vaines. Ce cœur est le pire des cœurs, d'une part il prend le faux pour le vrai et s'allie avec ses partisans, d'autre part, il prend le vrai pour le faux et haït ses partisans. Il a désigné par " celui aux deux matières ", le cœur dans lequel la foi n'est pas bien accrochée, son flambeau n'y apparaît pas, parce qu'il ne s'est pas consacré à la vérité avec laquelle Dieu a envoyé Son Envoyé, mais il contient une matière qui en provient et une matière qui lui est antagoniste. Tantôt il est plus près de la dénégation que de la croyance, tantôt il est plus proche de la croyance que de la dénégation. Son statut dépend de ce qui prédomine en lui ( Fin de citation ). (10)
De ce fait, il apparaît clair que les actes dépendent du cœur, il est le commandant et les sens sont ses soldats qu'il dirige comme il le désire.
Ibn al Qayyem -qu'Allah lui soit miséricordieux- a dit :
Quand Iblîs a compris que la plaque tournante dans tout cela est le cœur, il l'a envahi avec les suggestions, a lancé sur lui les passions, lui a paré d'entre les états et les agissements ceux qui lui permettent de le repousser loin du chemin [de rectitude], il lui a fourni les causes du fourvoiement de façon à créer une scission entre lui et les causes de la réussite, il lui a dressé plein de pièges et d'embûches.
S'il réussissait à éviter de tomber dedans, il ne parviendrait pas à éviter les grands détours et les autres difficultés qui le retardent.
Il ne peut en revanche être à l'abri de ses embûches et de ses stratagèmes que s'il est constant dans l'imploration de l'aide de Dieu, dans l'accomplissement de ce qui attire Sa satisfaction.
En effet, quand son cœur se réfugie auprès de Lui, se rapproche de lui dans son activité et dans son repos, donne réalité à l'humilité dans l'adoration qui est la première vertu dont doit se parer l'homme pour entrer sous la garantie [de ce verset] < Mes adorateurs, tu n'auras sur eux aucun pouvoir > (11) , cette parole divine est celle qui met la barrière entre l'adorateur et les démons, barrière qui est l'un des signes qui permet d'atteindre la station de la servitude -maqâm al `ubûdiyya-, si le cœur s'imprègne de la servitude et de la consécration, l'homme devient l'un des rapprochés d'Allah et entre dans l'exception suivante : < à l'exception de Tes adorateurs consacrés > (12) [ Fin de citation ] (13).
--------------------------------------------------------------------------------
(1) Unanimement accordé, al Bukhârî -52-, Muslim -1599-.
(2) Ighâthatu-l-lahfân -1/5-.
(3) Hadîth authentique, rapporté par Muslim (n° 144).
(4) Ighâthatu-l-lahfân -1/12-.
(5) Hadîth authentique, rapporté par Ahmad dans ''al musnad '' (3/17), at-Tabarânî dans as-Saghîr -2/110-, al Haythaamî dans ''al majma` '' -1/63-, Abû Na`îm dans ''al hilya '' -4/485-.
(6) Coran, II, 88.
(7) Coran, XVII, 45-46.
(8) Note du traducteur : Ibn al Qayyem fait allusion dans ce dernier passage au reste du verset : < En viens-tu à rappeler, en psalmodiant le Coran, Allah en Son unicité, ils tournent le dos (pour manifester) leur dissentiment > [ XVII : 46 ]
(9) Coran, IV, 88.
(10) Ighâthatu-l-lahfân -1/12-.
(11) Coran, XVII, 65.
(12) Coran, XV, 40.
(13) Ighâthatu-l-lahfân -1/6-.

1.Baisser le regard permet de se conformer aux ordres d’Allah
, ce qui constitue l’essence même du bonheur de l’homme. Rien n’est plus bénéfique au serviteur, dans cette vie d’ici bas comme dans l’au-delà, que de se conformer aux ordres de son Seigneur. Aussi, personne n’atteint le bonheur dans ce monde et dans l’au-delà qu’en s’y conformant et personne n’est touché d’un malheur si ce n’est pour les avoir négligés.
2. Baisser le regard empêche cette flèche empoisonnée (le regard illicite) d’atteindre le cœur, ce qui le conduirait sans doute à sa perte.
3. Baisser le regard permet de ressentir une intimité avec Allah
et d’amener le cœur à se consacrer entièrement à Lui. Par opposition, poser son regard sur l’illicite disperse l’attention du cœur, le distrait et l’éloigne d'Allah
. Et rien n’est plus nuisible à l’homme que de regarder tout ce qui peut être proscrit, dans la mesure où cela provoque chez l’homme un comportement désinvolte envers son Seigneur.
4.Baisser le regard renforce le cœur et le réjouit. Inversement, le cœur de l’homme s’affaiblit et s’attriste lorsque celui-ci ne contrôle pas son regard.
5. Baisser le regard illumine le cœur qui, au contraire, s’assombrit lorsqu’on le porte sur l’illicite. C’est pour cette raison qu’Allah
a révélé le verset de la lumière à la suite du verset sur le regard.
Allah
dit :
Ensuite Il en a donné les fruits :
C’est-à-dire semblable à Sa lumière dans le cœur du croyant qui a accompli ses obligations et s’est éloigné des interdictions. Et lorsque le cœur s’illumine, il accepte une multitude de bonnes œuvres venant de toute part. Au contraire, lorsqu’il s’assombrit, il laisse place à un déluge de calamités qui l’atteint de tout coté. Donc, tout ce que l’on peut concevoir de blâmable, d’innovations, d’égarements, de suivi des passions, d’éloignement de la guidée et de ce qui conduit au bonheur, et d’occupation vers ce qui mène au malheur, tout ceci, seule la lumière qui se trouve dans le cœur peut le dissiper. Mais si cette lumière s’éteint, l’homme se retrouve alors comme l’aveugle qui cherche son chemin dans l’obscurité de la nuit.
6.Baisser le regard donne au visage une expression de sincérité qui permet de distinguer le véridique de l’imposteur, le sincère du menteur.
Shah ibn Shajâ’ Al-Karamânî disait : "Celui qui affiche son attachement à la sunna et s’astreint à un contrôle de soi permanent, détourne son regard de l’illicite, renonce à ses passions, et a pour habitude de manger des nourritures licites, alors l’expression de son visage ne trompe pas". Et ainsi était Shah ibn Shajâ.
7.Baisser le regard raffermit le cœur et lui donne courage et force. Par sa grâce, Allah
réunit en lui deux facultés : Le jugement et le discernement d’une part, et la maîtrise de soi d’autre part. Comme il est dit dans un récit : "Iblîs fuit toute personne qui combat ses passions." Et au contraire le diable suit celui qui est à l’opposé de cela de par le caractère abjecte, servile, méprisable et indigne de son âme.
Comme l’a dit Al-Hasan : Noter cette page
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